2010 - 2011
Peintures 1999 - 2001 "Le Roi, la Magie, le Divin"

Source d'inspiration : le titre de l'ouvrage de Gehea Roheim, L'animisme, la magie et le roi divin. La scène met en place 3 personnages, celui de gauche est l'incarnation de la magie, celui du milieu est un roi, et celui de droite est le divin. Ils sont assis autour d'une table ronde et jaune. Le fond est un mur alvéolé, et pourvu d'une fenêtre en forme de soleil qui donne sur l'extérieur nocturne étoilé. Le magicien, dont la tête rappelle un masque africain, porte une coiffe triangulaire, il a posé un grimoire aux signes ésotériques et semble réciter mentalement une formule magique. C'est un personnage loin des réalités car il lève les yeux au ciel, des flammes bleues s'échappent de ses mains. Il semble tout-puissant, d'autant plus que son habillement fait penser aux sorciers et magiciens des temps obscurs. Au-dessus de sa tête un symbole triangulaire, qui renforce son étrangeté cette forme géométrique a souvent été associée au divin, il est le « troisième genre », après l'homme et la femme qui se trouve à sa table. Il semble venir d'une autre réalité, la magie peut transformer celle-ci.
D'ailleurs les magiciens des peuples primitifs sont à la fois craints et source de fascination à cause de leurs pouvoirs mais jamais ils ne sont rois ni chefs car ils n'appartiennent pas à la tribu : ils sont hors-norme. Mais leur pouvoir d'influence a toujours été évidente, d'ailleurs sur la toile, il se trouve à coté du roi. Son influence est représentée par la couleur bleue de ses flammes qui s'épanchent sur la moitié du corps du jeune roi, s'insinuant tel un serpent.(suite en bas de l'image).Le personnage du milieu est non un prince mais bien un roi. La première raison est qu'il tient un sceptre, symbole universel de pouvoir. De plus, il marque sa supériorité face au magicien car il pose son coude sur le grimoire, c'est un signe de prise de position et d'autorité. Bien qu'il soit marqué par l'esprit magique (la toile le montre en mettant un « troisième oeil » à son turban et qui s'associe à ses yeux pour former un triangle magique), il refuse de se faire dominer par les hallucinations magiques en détournant ses yeux du magicien, il sait que la magie est folie. Sa position de mi-homme mi-dieu est marquée par sa façon de s'asseoir : une partie de lui se tourne vers le magicien alors que son regard s'oriente vers la divinité.
Toutefois, il cherche à ne pas se laisser abuser par cette dernière en levant son sceptre vers elle, voulant montrer sa toute puissance de décision. Mais comme tous les hommes, il accepte de tendre son oreille pour entendre les messages que pourrait lui insuffler la divinité (ou le divin. L'homme est de peau mat, c'est l'homme primordial, c'est la figure emblématique de l'humanité et de ses contradictions internes, c'est l'homme de la terre, son autre moitié qui est bleue rappelle les djinns, les génies, pleins de pouvoirs étranges. Le roi est plus qu'un simple humain, il est d'après les représentations traditionnelles le messager des Dieux et le guide de ses pairs. On remarque qu'une grande alvéole entoure sa tête comme une auréole, son caractère divin est souligné ainsi par ce symbole. Il a statut très particulier, c'est pour cela qu'il se trouve au milieu de la toile
La divinité est dépeinte de profil, comme les dieux égyptiens, elle est quasi nue car elle n'a pas besoin d'artifices pour prouver son existence (à la différence du magicien avec ses grimoires et son costume.) Elle est en totale harmonie avec la nature, elle regarde avec complicité un petit oiseau (l'Air), son bras est pris par de la feuille de vigne (la terre), sa coiffe par sa forme évoque un coquillage (l'Eau), sa petite mèche orange est une évocation de l'étincelle de feu de la Création, donc de la vie. Son caractère de divinité originelle est mis en valeur par sa féminité, par sa peau mauve comme les grappes de raisins qui abreuvent et nourrissent les Hommes.C'est une représentation imagée de la Terre.L'Homme se sent redevable, c'est pour cela que le roi la regarde, mais elle non, puisqu'elle est à l'origine de toutes les créatures du monde.
De plus, elles seule peut voir les étoiles depuis la fenêtre. Son ombre est la plus sombre sur la table, son apparence, se fond avec les couleurs de la toile, ce qui souligne son omniprésence et son incroyable humilité dans l'univers contrairement au magicien qui a la prétention de se mettre en valeur par des couleurs vives, et qui fait croire qu'il peut maîtriser le monde par ses manipulations et incantations. Les élémentaires inversés sont la fenêtre sous forme de soleil, noire de nuit, et la table ronde comme la lune et lumineuse comme le soleil. Quelques traits sur la table ne servent qu'à mettre en valeur la dynamique diagonale que suit le sceptre, c'est un procédé plastique intéressant.
En définitive, c'est une véritable scène de type symbolique et cosmogonique.